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Tujias du Sichuan, Guizhou, Hubei et Hunan

juin 2014 et novembre 2015 - Henri Maître

Tian wu san ri qing
Di wu san fen ping
Ren wu san liang yin

Le ciel sans trois jours de beau temps,
La terre sans 3 carrés plats,
Les gens sans 3 grammes d'argent en poche.

(complainte des pauvres gens - dicton du Guizhou)

 

 

Minorité Tujia, ... 
l'ethnie de ceux qui vivent là,
en mandarin, ou
Bizika en langue Tujia

Tǔjiāzú en pinying

 

 

 

 

Carte de l'Asie du Sud

Carte du Guizhou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les autres minorités :

 

Les Tujias

Depuis quand les Tujias occupent-ils les montagnes Wuling, dans le triangle du Hubei, du Sichuan et du Hunan ? Probablement depuis plus de 20 siècles, comme descendants de l'antique ethnie Ba. Leur identité et leur présence est attestée depuis la dynastie Ming (au 14e siècle) et leurs migrations se sont prolongées durant la dynastie Qing au 19e siècle et même pendant l'occupation japonaise dans les années 1930.

Les Tujias, réputés bagarreurs, prompts à se soulever, voient leur importance culminer vers 1650, les empereurs Ming leur confiant très vite la défense des marches de l'Empire et leur  accordant en échange une grande autonomie. Les barons locaux, les tusis, s'appuient sur des clans puissants qu'ils contrôlent de main de fer. Ils érigent des forteresses gigantesques dont quelques traces nous sont restées. La dynastie mandchoue des Qing, après 1650, au contraire très méfiante envers les Tujias, s'attache à réduire leur pouvoir et à détruire leurs châteaux. Nous en verrons deux l'un encore en bon état à Ensi, l'autre, bien plus vaste, réduit à vestiges par les Mandchous, en 1710, au Hunan, près de Tongren.

Comme les Bas, les Tujias sont animistes. Comme les Bas, ils révèrent LinJun, le Seigneur Lin, réincarné en Tigre Blanc, après qu'il fut puni par la déesse dont il était amoureux et aimé, mais qu'il résolut de tuer pour ne pas se laisser écarter de sa mission de père et guide de son peuple dans sa marche vers l'Est. Les Tujias font grand usage de chamanisme et écoutent les Tulaosis, guérisseurs pratiquant la danse rituelle nuo. Mais le taoïsme a aussi influencé leurs pratiques, dans un syncrétisme tout en nuances.

Le seigneur Lin, avant l'acte fatal

L'habitat

Installés en moyenne montagne, les villages Tujias sont souvent perdus dans la forêt. Les maisons sur pilotis (les diaojiaolous, "les jambes en suspens", en raison de leurs piliers qui ne descendent pas jusqu'au sol) des Tujias sont célèbres par leur élégance. Hautes de deux ou trois étages, tout en bois, couvertes de tuiles, elles s'ouvrent au premier niveau (celui des habitations) par un large balcon souvent ciselé, aux fenêtres et corniches sculptées. Aux lambris pend du maïs et du tabac. D'impressionnants crânes de boeufs, marqués d'encre rouge, décorent les façades et les pilastres dans la région de Zhiangjiajié. Les granges en terre battue sont couvertes de chaumes épais de deux pieds. 

Famille et culture

Dans ces zones montagneuses, au climat longtemps froid et humide, l'agriculture n'est pas le fort des Tujias, plus volontiers chasseurs, pêcheurs et cueilleurs.  La famille est construite sur un schéma original. Les enfants aînés quittent le foyer familial dotés d'un petit pécule et les plus jeunes restent en charge des parents vieillissants. En échange, ils hériteront de la maison et des biens.

Leurs danses collectives : les Baishous ("balancement des bras") sont célèbres. Elles enchaînent des mouvements très réglementés, quasiment théatraux, qui évoquent les divers activités et évènements de la vie quotidienne : moissons, naissances, mariages, funérailles, ... Les mariages traditionnels sont également l'occasion d'une coutume originale. La mariée, un mois avant ses noces, entre dans une période de pleurs publiques et ostentatoires. Ses soeurs et sa mère, parfois ses amies, la rejoignent progressivement et les noces sont célébrées devant un choeur de pleureuses cachées derrière des voiles. Par ailleurs, fiertés des Tujias, les voix des hommes comme des femmes sont remarquables de puissance d'une part, mais aussi de naturel.

La danse du balancement des bras

Les tissages traditionnels Tujias, les xilankapus sont également fort réputés. Vieux de 2000 ans, ils s'inscrivent en couleurs vives sur de la laine ou, exceptionnellement de la soie. Les dessins parfois géométriques s'inspirent de la nature, des fleurs, des animaux. Le symbole du tigre (3 lignes horizontales barrées d'un trait vertical) se retrouve partout.

Les vêtements des Tujias sont très proches de ceux des Miaos. Les hommes ont des vestes courtes noires, parées aux manches et au col de couleurs vives, boutonnées au centre. Les femmes arborent une blouse boutonnée à droite recouverte d'un tablier. Les jeunes ont des manteaux sans manches en épais tissus bruns ou gris, assez informes, bordés d'un rang de brodure géométrique, ceints souvent d'une longue écharpe. Un pantalon et une tunique à manches longues, de couleur vive complètent la tenue. Au quotidien, garçons et filles sont peu différents dans leur habillement. Mais les jours de fête, les femmes se vêtent de couleurs vives et arborent de lourdes coiffes de métal ou, parfois au contraire, de fins entrelacs rappelant les branchages et les fleurs.

Les Tujias dans l'histoire

Malgré ce fort et profond ancrage dans la tradition, les villages Tujias perdent chaque jour des traces de leur singularité : l'habit n'y est quasiment plus porté, même sur les marchés où pourtant l'habitude persiste plus longtemps qu'ailleurs. Il n'est plus sorti que pour les fêtes, dans sa version de parade. Les blocs de béton cubiques, couverts de carrelage blanc, fleurissent trop souvent, en guise d'habitat, semblables à ceux d'Harbin ou de Shenzen, ou d'ailleurs, repoussant les djiajioglous en périphérie des hameaux. On note cependant avec plaisir, dans de nombreux villages, le souci de bâtir des bâtiments neufs, cachant tout le confort des habitations modernes sous l'architecture antique des diaojiaolous, avec un revêtement extérieur de bois, souvent une couverture de petites tuiles, le grand balcon au premier étage et les "jambes en l'air". Pourquoi faut-il alors qu'on les recouvre d'un vernis jaune, qui les protège certes, mais les désigne aussi comme intrus parmi les bois patinés noirs des anciens ?


Panneau de bois rappelant la vie de cour des Tujias

 

 

Les visites guidées

 


 

Fête, opéra et chant Tujia


Habits, tissus et xilankapus


Habitations, décorations et mobilier



 

Les petits bonus

 

Les bijoux


 

 

 

 


henri

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© henri maître  - le 20 novembre 2015